Cécile Chaminade au Théâtre du Vésinet

Trio chausson – dimanche 21 janvier à 16h30

Nous souhaitions depuis longtemps pouvoir accueillir cette brillante formation. Pour leur première venue sur notre scène, ces trois artistes nous réservent un programme aussi rare que captivant dont ils ont le secret, avec un grand classique de Haydn, une transcription saisissante de la Mort d’Isolde de Wagner, et surtout deux trésors méconnus de la riche époque allant des années 1880 à 1910 : d’une part l’unique trio du Viennois Korngold, l’oeuvre d’un génie de douze ans qui émerveilla Mahler, Zemlinsky, Richard Strauss par son lyrisme intense, ses harmonies opulentes et ses mélodies sensuelles ; et d’autre part une autre œuvre intensément lyrique, le magnifique deuxième trio de la grande Vésigondine Cécile Chaminade, dont les dons de compositrice furent reconnus par les plus grands de son époque, de Saint-Saëns à Bizet.

 

Cet après-midi classique sera l’occasion pour vous d’apprécier une partie de l’oeuvre de Cécile Chaminade, grande figure de l’histoire du Vésinet.  Les musiciens du Trio Chausson affectionnent son Trio n°2 en la mineur op.34 et nous l’offrirons à entendre au cours de ce programme.

Née à Paris, Cécile Chaminade (1857-1944) vécut à partir de 1865 au Vésinet où son père, directeur d’une compagnie d’assurances, s’était acheté un terrain sur lequel il avait fait édifier une maison qui existe toujours à l’adresse actuelle du 41 bd du Président Roosevelt, et elle y demeura jusqu’en 1925, une époque où, très diminuée, elle avait déjà abandonné ses activités de pianiste et compositrice et s’était coupée du monde, avant de se retirer à Monte-Carlo où elle mourra presque oubliée en 1944. Depuis 1926, donc de son vivant, une allée porte le nom de Cécile Chaminade, non loin de la maison où elle avait vécu. C’est au Vésinet que, par sa mère, elle-même très bonne pianiste, la petite Cécile fit la connaissance de Bizet. Celui-ci, étonné par les dispositions précoces de celle qu’il appelait « mon petit Mozart », la présenta à un éminent professeur de piano au Conservatoire, Le Couppey, qui la prit sous son aile malgré la vive opposition du papa (« Dans la bourgeoisie, dira-t-il, les filles sont destinées à être épouses et mères »…) et ensuite, dans les années 1878 à 1882, oeuvra avec succès à faire connaître sa brillante élève.
Un petit opéra comique donne alors le coup d’envoi à sa double carrière de pianiste et de compositrice, et suivront en 1887-88 quelques-unes de ses œuvres les plus marquantes (son second trio, le ballet Callirhoé, la symphonie lyrique Les Amazones et le Concertstück pour piano et orchestre) qui eurent un grand retentissement. Poussée par ses succès répétés, mais aussi par la nécessité – après la mort de son père – de subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère, elle va désormais composer surtout des pièces brèves, notamment des mélodies, et, jusqu’en 1914, se consacrer largement à une carrière de concertiste. Elle donnera des récitals dans l’Europe entière, se créant notamment une réputation exceptionnelle en Angleterre où, à chacune de ses visites, elle sera invitée à séjourner à Windsor par la reine Victoria. Et cette réputation s’étendra jusqu’aux Etats-Unis et au Canada où, en 1907-08 , elle allait faire une longue tournée triomphale qui lui valut d’être l’hôte à déjeuner du Président Theodore Roosevelt.
Les musiciens du Trio Chausson affectionnent ce Trio n°2 en la mineur op.34 de Cécile Chaminade, une œuvre qu’ils ont brillamment honorée au disque et qu’ils inscrivent volontiers à leurs programmes de concert à l’étranger comme en France. On a là une œuvre forte, remarquablement écrite dans une structure assez resserrée, d’une ampleur sonore presque brahmsienne, d’une belle imagination mélodique et d’une inspiration soutenue d’un bout à l’autre. A ce titre, c’est un témoignage exemplaire de ce romantisme français tardif dont on avait presque oublié qu’il avait existé, avec en particulier un mouvement central au lyrisme tendre et intense qui a tout pour laisser une empreinte durable sur l’auditeur.